Création de polices avec variations de lettres : une approche pour rejoindre le lettrage manuel

Un problème récurrent pour les lettreurs en bandes dessinées, ou pour les dessinateurs qui font eux-mêmes leur lettrage de façon numérique avec leur typo, est que ces polices numériques sont… trop régulières, qu’elles manquent de cette variété qui est le propre d’un lettrage manuel.

Alors pour ceux qui veulent le beurre et l’argent du beurre, soit la rapidité du lettrage numérique et le côté aléatoire d’une écriture manuscrite, voici une méthode simple.

Elle vient au départ de mon collègue Jean-Paul Aussel qui, lors d’une conversation avec Ségolène Ferté, qui fait notamment le lettrage de Black Sad , lui expliquait qu’elle numérise les lettrages puis introduit des variations.

Mais comment gérer ces variations ? Une façon simple est de mettre deux dessins différents de la même lettre, l’un dans la capitale, l’autre en bas-de-casse.

Voici ce que donne en FontLab la police de Jean-Paul Aussel avec ses variations simples entre Caps et bdc :

police aussel

Si l’on travaille sur Macintosh, on a même accès directement à 4 variations possibles, la lettre de base, sa majuscule, puis les mêmes avec la touche ALT enfoncée :

clavier mac

que l’on peut atteindre avec les combinaisons suivantes de touches :

touches

Sous Windows cette manipulation est moins pratique puisqu’il faut se souvenir du code correspondant à la lettre (alt-145 pour æ par exemple).

Et pour introduire le côté aléatoire d’une façon automatique dans les redoublements de lettres, on peut imaginer une suite de rechercher-remplacer qui remplace par exemple les séquences mm par Mm, cc par c© ou cC etc  — ce qui peut être facilement compilé en un script en InDesign.

Plus simplement, si votre police comporte des majuscules et des minuscules, un site comme Convertcase va vous permettre de mettre les lettres en alternance en majuscule et en minuscule :

convertcase

Les modes « aLtErNaNt » et « InVeRsE CaSe » permettent des combinaisons déjà utiles pour diversifier rapidement vos lettrages, en attendant de le faire avec un script ou un style imbriqué en InDesign par exemple.

Via InDesign

Il sera possible par exemple avec des styles de caractères, appliqués consécutivement via un style imbriqué ou un style Grep, de donner une apparence de mouvement ou de vie.

Voici, pour comprendre la logique de cela, un exemple de style de caractères imbriqués appliqués consécutivement :

styles imbriqués

Et l’on peut tout logiquement appliquer des styles de caractères déformant légèrement les lettres, par exemple une rotation de 3°, un parangonnage de 0,3 pt, une inclinaison, une déformation de 3% en plus ou en moins… Voici l’effet, la première ligne a ce style imbriqué, la suivante pas.

style mutant

Ressources :

Au sujet de la différence entre le lettrage par ordinateur et le lettrage manuel, un article chez Comicalités reprend toute la difficulté de rendre naturel ce qui ne l’est pas, avec les problèmes que cela amène… en parlant également de son corollaire, le texte traduit en BD. J’en cite un passage :

Je comprends, désormais, ce qui me semble opaque, illisible, dans le lettrage mécanique de la traduction de L’Art de voler. Quand je lis la version française, c’est-à-dire la version mécanique, j’ai l’impression qu’on a arbitrairement collé sur l’espace de la vignette des portions d’espace exogènes. Le texte flotte, ignorant du dessin qu’il recouvre et encombre. Composé sur écran, plus ou moins habilement adapté au format de l’espace qui va l’accueillir, il ne rencontre certes plus le problème du « retournement » de la page imprimée ancienne : mais, préparé sur un ordinateur, et ensuite mis au format, il n’acquiert nulle part dans cette opération l’épaisseur de l’inscription spatiale, ni l’épreuve de la temporalité du geste qui le trace. La régularité de son module n’est pas le résultat d’un effort de la main : c’est une simple donnée de la composition typographique, qui a disposé les uns après les autres des caractères tous identiques et tous anonymes. Dans la vignette, l’espace que ce texte neutralisé s’apprête à occuper se trouve destitué de sa nature graphique pour être assigné arbitrairement à une identité nouvelle, celle d’une surface « maquettable », d’un « blanc » à occuper, à investir.

La mise à l’échelle optique des caractères suivant la force de corps utilisée est une autre façon de compenser le côté mécanique du lettrage.

4 réflexions sur “Création de polices avec variations de lettres : une approche pour rejoindre le lettrage manuel

  1. Merci pour cet article très intéressant. Je pense qu’il doit aussi être possible d’intégrer des « variables » de caractère directement dans le style de paragraphe Indd en y compilant une série de Regex.
    Bravo également pour toutes vos publications que je suis avec intérêt.

      1. Je ne suis pas expert en grep, mais j’ai fait un simple test en créant plusieurs styles de caractères de couleur différente :rose, bleu, jaune. J’ai appliqué à mon paragraphe un style dans lequel j’ai empilé ces styles de caractère de couleur dans un style grep avec un Lookbehind positif avec des valeurs numériques différentes : (?<=.{2}).{4} style rose, puis(?<=.{6}).{6} style bleu, puis (?<=.{3}).{7} style jaune…
        Ça marche pas trop mal, il faudrait affiner et en fonction du texte et en fonction d’autre paramètre soit sur la taille, l’approche qui pourrait être aussi incluses… en plus des variables de forme de caractère.

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