Création d’une police de caractère africaine : le Songhai, de l’ordinateur au site internet

J’ai reçu une commande très particulière récemment, un locuteur africain désirant pouvoir utiliser pour la langue de sa communauté, le Songhai, une police de caractère qui ne soit pas la transcription habituelle en caractères romans, comme ceci pour reprendre le site de wikipedia :

Français Songhaï
terre laabu
le sol/le sable laabo
ciel beena
en haut beene
eau hari
fleuve issa
feu nuuna / danji
village kwaar / koyra / kawye
homme aru ou aruboro
femme woy ou woyboro
mère ɲaa

 

Mais bien son propre dessin, qui n’existe pas à ce jour (d’après nos recherches) et dont voici une copie :

dessin songhai

 

 

Je me suis donc lancé, en Illustrator et à l’aide d’une tablette Wacom, dans le dessin de ces lettres, pour retrouver une esthétique et un dessin avec un léger effet de pleins et de déliés, comme dans ce projet :

dessin en illu

 

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Selus Reboot, une police de caractère scripte – making off

Voici le travail original, soit la réalisation d’un logo en Illustrator, pour une marque de vêtements, Ocean Spring.

OceanSpring

L’idée m’est venue, vu le plaisir que j’avais eu à le réaliser, de continuer le travail et de réaliser une police complète… C’est la deuxième fois que j’utilise mon écriture calligraphique, mais celle-ci est complètement refondue par rapport au vieux caractère « Selus » que j’avais réalisé au pinceau, puis numérisé et traité en FontLab.

selus

Pour ce reboot, le côté plein et délié de la scripte est directement issu de l’usage de la tablette Wacom en Illustrator, au pinceau, en utilisant une forme de pinceau spécifique :
forme de pinceau

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FontLab VI – la mise à jour « ultra bold »

Le célèbre éditeur de polices de caractère connaît une nouvelle version !

Celle-ci est disponible en démo gratuitement à cette adresse.

Une présentation de plus d’une demi-heure en a été faite à l’ATypI 2016 à  Varsovie, par un des gourous de FontLab, Adam Twardoch :

Une aide en ligne est également disponible (tout ça est en anglais, le soft comme l’aide ; la francisation de FontLab 6 mettra du temps, tout comme celle de FontLab 5 en a mis). Le forum du site s’enrichit tout logiquement d’une section FontLab VI. Elle est nourrie tous les jours, parfois avec virulence, mais la plupart du temps de façon intéressante (parfois c’est abominablement technique).

Un nouveau mode d’emploi reprend un processus basique de création de police en démarrant d’Illustrator.

Et surtout, une série de vidéos sur YouTube explique l’ensemble des nouvelles fonctionnalités !

Quels sont les points importants, les apports de cette nouvelle version ?

La présentation en anglais sur le site reprend quelques « nouveaux concepts », soit les éléments et les polices variables (proches des multiple masters).

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De bons articles sur le lettrage en bandes dessinées

Cet article présente de nombreux exemples, du classique (Jacques Martin) au moins classique (Charlie Schlingo) – à lire ! Le lettrage en bande dessinée

Un bon article sur la création de lettrages pour la bd sur le blog les coinceurs de bulles 

Un article de Vincent Rousseau qui a réalisé le lettrage de la traduction française de la genèse de Crumb. Vincent Rousseau a utilisé les styles imbriqués d’InDesign pour réaliser des variations aléatoires des lettres, permettant ainsi une variation dans le lettrage : Dans l’ombre de Crumb

Pour aller dans le sens inverse mais aussi ouvrir le débat, un article de fond magnifique à propos du lettrage : Une Apologie subjective du lettrage manuel

Un bon article de  David Turgeon qui parle notamment de la correspondance des lettrages dans les traductions en BD : Le Dessin dans l’écriture

Interview de Marie Aumont, réalisatrice du lettrage de Blake et Mortimer,  sur le blog de Blake & Mortimer

Une vidéo sur YouTube, Comic Book Lettering & Production, qui montre Sean Glumace, lettreur professionnel de Comic Books

Un article sur le lettrage de Franquin, à l’occasion de l’exposition « Gaston au-delà de Lagaffe » au centre Pompidou.

À ce propos, on trouve sur le site de Speculoos un gigantesque travail sur plusieurs polices de caractère qui reprennent le lettrage de Franquin dans ses albums, en fonction des outils utilisés, puis les polices des couvertures, j’imagine de la main de Pierre Huyghebaert. Une interview à ce sujet.

© Speculoos

Ann Bessemans : recherche sur la lisibilité des polices de caractères

Ann Bessemans, designer et professeur belge à l’école de design PXL-MAD de Hasselt, a réalisé en 2012 une thèse (« Type Design for Children with Low Vision ») sur les paramètres qui permettent à une police de caractère d’être plus lisible, spécifiquement pour des enfants qui ont des problèmes de vision ou qui sont dyslexiques.

Un article en anglais en explique la base :
this research aims at finding a meaningful sense of legibility within the context of low vision children and seeks to examine which typographical design parameters can influence the legibility for beginning readers with low vision.

Un fichier pdf mis en ligne explique en détail sa problématique…

Voici le lien d’une conférence en anglais à la TYPO de Berlin en 2013 qui parle de sa police de caractères Matilda :

Matilda-kenmerken-Ann-Bessemans

Cette police de caractère est en développement et sera bientôt commercialisée.

Une autre conférence d’Ann à l’ATypI est disponible sur Youtube, « Rhythm and Reading Comfort« , et une troisième de TEDx, « xTreme Type Design« , est très intéressante également.

Un article en néérlandais évoque également les typos créées à l’intention des dyslexiques et montre d’autres exemples…

Création de polices avec variations de lettres : une approche pour rejoindre le lettrage manuel

Un problème récurrent pour les lettreurs en bandes dessinées, ou pour les dessinateurs qui font eux-mêmes leur lettrage de façon numérique avec leur typo, est que ces polices numériques sont… trop régulières, qu’elles manquent de cette variété qui est le propre d’un lettrage manuel.

Alors pour ceux qui veulent le beurre et l’argent du beurre, soit la rapidité du lettrage numérique et le côté aléatoire d’une écriture manuscrite, voici une méthode simple.

Elle vient au départ de mon collègue Jean-Paul Aussel qui, lors d’une conversation avec Ségolène Ferté, qui fait notamment le lettrage de Black Sad , lui expliquait qu’elle numérise les lettrages puis introduit des variations.

Mais comment gérer ces variations ? Une façon simple est de mettre deux dessins différents de la même lettre, l’un dans la capitale, l’autre en bas-de-casse.

Voici ce que donne en FontLab la police de Jean-Paul Aussel avec ses variations simples entre Caps et bdc :

police aussel

Si l’on travaille sur Macintosh, on a même accès directement à 4 variations possibles, la lettre de base, sa majuscule, puis les mêmes avec la touche ALT enfoncée :

clavier mac

que l’on peut atteindre avec les combinaisons suivantes de touches :

touches

Sous Windows cette manipulation est moins pratique puisqu’il faut se souvenir du code correspondant à la lettre (alt-145 pour æ par exemple).

Et pour introduire le côté aléatoire d’une façon automatique dans les redoublements de lettres, on peut imaginer une suite de rechercher-remplacer qui remplace par exemple les séquences mm par Mm, cc par c© ou cC etc  — ce qui peut être facilement compilé en un script en InDesign.

Plus simplement, si votre police comporte des majuscules et des minuscules, un site comme Convertcase va vous permettre de mettre les lettres en alternance en majuscule et en minuscule :

convertcase

Les modes « aLtErNaNt » et « InVeRsE CaSe » permettent des combinaisons déjà utiles pour diversifier rapidement vos lettrages, en attendant de le faire avec un script ou un style imbriqué en InDesign par exemple.

Via InDesign

Il sera possible par exemple avec des styles de caractères, appliqués consécutivement via un style imbriqué ou un style Grep, de donner une apparence de mouvement ou de vie.

Voici, pour comprendre la logique de cela, un exemple de style de caractères imbriqués appliqués consécutivement :

styles imbriqués

Et l’on peut tout logiquement appliquer des styles de caractères déformant légèrement les lettres, par exemple une rotation de 3°, un parangonnage de 0,3 pt, une inclinaison, une déformation de 3% en plus ou en moins… Voici l’effet, la première ligne a ce style imbriqué, la suivante pas.

style mutant

Ressources :

Au sujet de la différence entre le lettrage par ordinateur et le lettrage manuel, un article chez Comicalités reprend toute la difficulté de rendre naturel ce qui ne l’est pas, avec les problèmes que cela amène… en parlant également de son corollaire, le texte traduit en BD. J’en cite un passage :

Je comprends, désormais, ce qui me semble opaque, illisible, dans le lettrage mécanique de la traduction de L’Art de voler. Quand je lis la version française, c’est-à-dire la version mécanique, j’ai l’impression qu’on a arbitrairement collé sur l’espace de la vignette des portions d’espace exogènes. Le texte flotte, ignorant du dessin qu’il recouvre et encombre. Composé sur écran, plus ou moins habilement adapté au format de l’espace qui va l’accueillir, il ne rencontre certes plus le problème du « retournement » de la page imprimée ancienne : mais, préparé sur un ordinateur, et ensuite mis au format, il n’acquiert nulle part dans cette opération l’épaisseur de l’inscription spatiale, ni l’épreuve de la temporalité du geste qui le trace. La régularité de son module n’est pas le résultat d’un effort de la main : c’est une simple donnée de la composition typographique, qui a disposé les uns après les autres des caractères tous identiques et tous anonymes. Dans la vignette, l’espace que ce texte neutralisé s’apprête à occuper se trouve destitué de sa nature graphique pour être assigné arbitrairement à une identité nouvelle, celle d’une surface « maquettable », d’un « blanc » à occuper, à investir.

La mise à l’échelle optique des caractères suivant la force de corps utilisée est une autre façon de compenser le côté mécanique du lettrage.